Justine est moche, justine est grosse.
Elle est mal habillée et toujours mal coiffée. Elle ne prend pas soin d'elle sous prétexte qu'il y a plus important que l'apparence, que seule la personnalité vaut le coup d'oeil. Comme elle se
trompe.
Si ca ne tenait qu'à moi, j'oublierai Justine, petit personnage insignifiant. Après tout elle n'a pas sa place. Je cherche encore à la caser, par souci de conscience, dans mon histoire, mais
comme je l'ai dit, je cherche...
Et puis ce serait trop facie de la placer sur un passage clouté, immobile. D'autant plus qu'elle ne m'obéirait pas, mon personnage fait de la résistance. Elle ne veut pas se jeter en haut d'un
point ou prendre pleins de médocs, c'est pas son truc les morts douloureuses.
Oui, parce que Justine a peur de tout, c'est une trouillarde.
Et puis Justine est un peu parano aussi.
Elle monte dans le RER à l'étage et pour peu qu'il fasse trop chaud, elle pense que je la fais cuire à petit feu, ayant déclaré un incendie au rez de chaussée. Pour elle rien n'est jamais
normal, elle n'accepte pas les choses telles qu'elles sont, comme elles viennent.
Un autre exemple, elle va passer à coté d'un SDF a l'odeur putride et là, c'est sur, c'est un truc mort (humain ou animal) qui repose dans les sacs poubelles aux pieds du mec.
Justine est une idiote: elle croit à l'amour parfait, à celui qui dure 50 ans. Du genre ces vieux là, qui sont bras dans les bras. Elle occulte alors tout ce qui a pu se passer dans la vie de ces
gens: dispute, divorce, meetic. Du n'importe quoi.
Pour elle, les oppositions n'existent pas, un paradoxe à elle-même. Si elle trouve idyllique/ idéal ces vieux là, elle aime aussi l'aventure, vivre d'amour et d'eau fraiche: avoir un amant par
nuit et le jeter au matin pour sentir sa toute puissance...
Elle rêve, hors de la réalité dans le monde des hypothèses et suppositions. L'action, ca doit pas être son truc.
Justine a des tics, mais c'est le stress qui les provoque. Elle dit que c'est plus fort qu'elle. Elle a mal au ventre tout le temps, et ca passe pas.
Elle est du genre à rebrousser chemin et ne pas aller à la fac, pour prétexte que le feu est rouge, ou qu'il y a trop de monde dans le train.
Justine est seule aussi, et personne n'aime Justine. Elle se sent rejetée et je ne sais pas trop quoi, j'ai arrêté de l'écouter depuis qu'elle ne m'écoute plus.
Soit disant parce que Justine est moche, Justine est laide. Justine c'est Socrate numéro 2 !
Elle ne comprend pas beaucoup de choses, voir ne comprend rien et trouve tout injuste.
Parfois, elle va mal, et s'il ne tenait qu'à elle, elle disparaitrait un moment, recroquevillée dans son lit. Mais voilà, je ne l'ai pas doté d'une couette magique, alors elle continue
de vivre des jours avec pleins de lendemains.
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La plume m'a laissée tombée.
Enfin, elle va cesser de me mettre le grappin dessus.
Enfin l'indépendance, elle va arrêter de me dévaloriser, de m'en faire voir de toutes les couleurs.
Et oui, il ne faut pas croire, les écrivains font n'importe quoi avec leurs personnages.
D'ailleurs, bien plus que ça, elle m'a délaissée. Elle a laché la plume, après avoir mouillé le papier. Et j'ai cessé d'exister. Ou pas: me revoilà.
Pour habiter sa conscience et avoir farfouillé son cerveau, j'ai mis son corps humain en pilotage automatique. Elle souffre drolement en fait. J'ai pris le contrôle des lieux, pénétré sa mémoire. Désolée Roland Barthes, j'existe à travers elle.
Elle a mal, souffre énormément. Douleurs physiques et mentales qui l'envahissent chaque matin. Se propageant partout dans le corps, partant du coeur. Et rien ne l'apaise. Elle cherche de l'aide à droite, à gauche. Elle trouve le silence, l'indifférence, l'absence et des mots qu'elle n'aime pas entendre.
Il lui manque terriblement et il ne reviendra pas. Elle a beau l'espérer, c'est fini.
Fini l'amour, finie la belle vie. Elle aimerait disparaitre chaque matin, quand un nouveau jour s'annonce. Son organisme n'a pas prévu les bons anticorps, c'est le manque qui l'assaille, et contre ça, elle ne peut rien. Elle ne peut qu'attendre, elle chez qui la patience n'est pas une qualité. Et c'est long d'attendre, c'est trés long.
Alors moi, Justine, être de papier et morceau de conscience d'auteur, je vais lui faire retrouver la vie en rose. Ou plutôt, je vais profiter de cette situation pour devenir réalité, de chair et d'os.
Puisqu'elle n'a plus envie de rien, j'ai son corps à disposition.
A suivre
